Parlons-nous bien, parlons-nous mal, mais parlons-nous!

Osons vivre l’inconfort d’être en désaccord.
Photo: Sasha Freemind, via Unsplash

Dans les dernières années, je remarque une tendance dans les positions exprimées à se durcir. Des « camps » se forment.

Certains diront qu’il y en a toujours eus, que ce sont simplement de nouveaux remodelages, que c’est le propre d’une société divisée par des intérêts divergents. Ils ont sans doute raison.

N’empêche que je ne peux pas m’empêcher d’avoir cette sensation que la tendance est à la polarisation. Il me semble de plus en plus difficile d’exprimer des opinions nuancées, d’oser se questionner et même de changer d’idée.

Dès qu’on ose manifester tout haut une opinion, on est étiqueté, identifié à un groupe. Par la suite, bonne chance pour adopter un point de vue différent de celui prôné par le groupe: c’est censé aller de soi. On est pour ou contre, nécessairement. C’est comme s’il n’y avait plus d’espace pour l’entre-deux ou le ni l’un, ni l’autre. 

Avec cette polarisation vient une intolérance. Le glissement se fait, tranquillement. On le sent tous, sans trop le dire expressément… Comme si la condamnation sur la place publique nous guettait tous. Qui d’entre nous ne s’est pas, à un moment ou à un autre dans les derniers temps, autocensuré?

Encore là, certains diront que c’est normal, qu’il y a des conneries qu’il vaut mieux garder pour soi. Vraiment? Et qu’en est-il des autres pensées? Celles qui sont loin d’être stupides, mais qui sont simplement impopulaires, choquantes pour certains groupes ayant des «sensibilités», ou déphasées par rapport à l’image que les gens se font de nous? Ces pensées-là ne méritent-elles pas de pouvoir exister aussi? Quitte à être défiées, critiquées, discutées, pour être finalement acceptées ou rejetées, par leur auteur même s’il le faut.

J’ai envie d’une société où il est possible de dire les choses, de réfléchir à voix haute sans nécessairement contrôler sa pensée, même si elle mène parfois à de mauvaises avenues. Une société où il est possible de se frotter à des idées divergentes et de se confronter sans jugement. J’ai envie d’être entourée de personnes qui ont le courage de débattre, sans pour autant considérer le vis-à-vis comme l’Autre, l’Ennemi. Osons vivre l’inconfort d’être en désaccord.

Je me méfie de l’intolérance. Elle n’a jamais rien produit de bon. Je ne suis pas la seule à le penser. Récemment, la Cour suprême du Canada rappelait d’ailleurs que la tolérance était au coeur même de l’idée de la liberté d’expression:

« l’exercice de la liberté d’expression présuppose, en même temps qu’il alimente, la tolérance de la société envers les expressions impopulaires, désobligeantes ou répugnantes (…) la liberté d’expression ne commence véritablement que lorsqu’elle fait naître un devoir de tolérance envers les propos d’autrui »  

Est-il nécessaire de rappeler que notre démocratie se fonde sur la liberté d’expression? Restons ouverts! L’exercice de notre démocratie implique de favoriser les échanges entre des points de vue distincts qui se choquent, qui se frottent, et que nous tolérons.

C’est pour moi l’idée à la base de la présente plateforme. Je ne sais pas quelle forme concrète son contenu prendra. Il est trop tôt pour le dire… Cependant, je ne peux que saluer l’initiative! Je n’hésite donc pas à y ajouter ma voix, en promettant d’y prêter aussi l’oreille et le coeur.

Que le dialogue commence!

Maude Choko est avocate experte en droit du travail, des arts et du divertissement, et également active dans le milieu artistique. Poussée par le désir de raconter des histoires, elle a écrit et produit plusieurs courts métrages, une série web et des pièces de théâtre.

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Commentaires (1):

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